Ma (non) brillante carrière

Dès notre plus jeune âge, nous entendons dans notre entourage : « pour réussir sa vie, il faut avoir une bonne situation » ou encore « il faut s’investir dans sa carrière et la réussir afin d’être épanouie  professionnellement ». Bien sûr, un travail apporte une certaine sécurité, et une bonne situation permet de gagner plus d’argent que la moyenne, et cela permet de mieux vivre. Mais bien souvent la vie professionnelle prend le dessus sur la vie personnelle. Car dans la vie professionnelle, chaque individu doit construire sa carrière jusqu’à atteindre le top-niveau, et cela demande beaucoup d’investissement et de temps.

Lors de mon deuxième travail au sein d’une grande entreprise, j’ai eu un poste assez haut placé, suite à des démissions simultanées. J’avais désormais un poste « reconnu » et respecté des managers. Sans vraiment le savoir je faisais partie du petit groupe très sélect des décisionnaires de l’entreprise. Et pour pouvoir rester à ce poste, il fallait non seulement maîtriser son domaine, mais surtout savoir jouer, savoir manipuler, savoir prendre des risques afin de compter vraiment pour les autres décisionnaires. Et être politique ou stratégique dans une entreprise n’est pas du tout mon fort, même vraiment pas. Et pourtant c’est comme cela que chacun peut acquérir du grade dans sa fonction, en tout cas, ça fonctionnait comme cela dans cette entreprise. Très vite, je me suis prise au jeu (même si je ne gagnais pas souvent les parties). Et très vite, mon travail est devenu une des choses les plus importantes dans ma vie. Tout tournait autour de mon boulot: mes relations sociales, mes intérêts, mes réflexions… J’étais plus qu’investie dans mon travail! Cela ne m’a pas apporté plus de bonheur, j’étais tellement prise par ce travail que parfois j’en oubliais l’essentiel, ce qui comptait vraiment dans ma vie. Et ce n’était pas le travail, non, c’était la vie qu’il y avait après le travail!

Et puis un beau jour, après trois ans de bons et loyaux services, mon contrat de travail a pris fin de manière assez brutale. Ce n’était pas seulement mon travail qu’on m’enlevait c’était tout ce qui allait avec: mon statut dans cette entreprise, les liens que j’y avais créé, la reconnaissance. Je perdais mon travail et j’avais l’impression de perdre une partie de moi. Cette personne qui « comptait » pour l’entreprise, qui avait un certain pouvoir de décision, cette personne qui était sûre d’elle derrière son bureau. En un rien de temps tout cela s’effondrait, et c’est à ce moment-là que je me suis rendu compte que tout cela n’était que du vent. Finalement nous n’étions qu’un pion parmi d’autres. Ce jour-là, bien qu’il fût difficile, je me suis rendu compte d’une chose: je n’aurais pas dû être à ce point affectée par la perte de mon travail, car j’étais surtout triste de perdre l’estime des autres que j’avais à travers ce travail. S’investir dans son travail n’est pas quelque chose qu’il ne faut pas faire, mais parfois, comme moi, on perd le sens de notre travail. On se prend dans la compétition et on essaye de monter les échelons aussi vite que possible. Être à un poste de pouvoir ne m’a pas apporté plus de bonheur ou de satisfaction. Il y a toujours d’autres échelons à franchir, d’autres personnes à affronter, d’autres performances à démontrer. Et au final on s’éloigne de l’essentiel, de ce qui peut vraiment nous satisfaire, nous apporter un bonheur.

On voit souvent des personnes d’un certain âge continuer à travailler, des fois non par passion, mais parce que le travail est la seule chose qu’elles ont dans leurs vies. Pour moi, je trouve que c’est une triste fin, le travail est important, certes, mais ce n’est pas lui qui doit être le centre de notre attention. Lorsque je ne serai plus de ce monde, je n’ai pas envie qu’on dise de moi : « cette femme a travaillé chez un tel, et elle a fait une brillante carrière ». j’aimerais plutôt qu’on parle de qui j’étais en tant que femme. On peut donner beaucoup de notre personne à notre travail, mais ce n’est pas notre entreprise qui pourra nous donner quoi que ce soit en retour, mis à part le salaire. Alors intéressons-nous aux choses qui comptent vraiment à nos yeux, pour que nos richesses ne soient pas dans notre travail, mais là où nous pourrons retrouver un investissement de ce que nous donnons.

2 Replies to “Ma (non) brillante carrière

  1. Super article ! Même si le travail reste important, il faut savoir vivre pour autre chose et se définir aussi par autrement que seulement par sa fonction !

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